Comment je suis devenu chiro

Comment je suis devenu chiro, par Marc Lesimple.

L’histoire que vous allez lire n’est pas la mienne, mais celle de mon père, trouvé sur un disque dur qu’il nous a laissé à son décès… Il l’a écrite certainement pour partager son expérience, je ne sais pas ce qu’il aurait fait de ce texte ni même si il y aurai eu une suite… J’ai gardé le titre original, finalement je suis « arrivé » en chiro suite à la même histoire, quelques années après!! J’ai eu, en ces temps de confinement, envie de vous la partager…

Bonne lecture !

 » Je suis entré en chiro par hasard.

Après quelques années d’un mal de dos qui récidivait régulièrement, une hernie discale me conduisit, après infiltrations et quelques péripéties que je préfère taire ici, sur une table d’opération.

Le grattage de la hernie fut réussi – on gagne parfois au grattage ! – et je remarchais assez rapidement.

Six ans se passaient sans souffrance particulière, jusqu’à la quarantaine où je retrouvais mon mal que j’avais espéré pouvoir oublier pour toujours.

Après l’avoir traîné tout l’été, je me coinçais complètement le jour de la rentrée des classes. J’étais alors instituteur.

Sciatique hyperalgique. 10 sur 10 à l’échelle de douleur, aucune position ne me soulageait, le médecin me donna de la morphine et un décontracturant, je respirai un peu. Sauf que je ne pouvais plus bouger la jambe. Impossible de tenir dessus. Les fléchisseurs du pied ne fonctionnaient plus, le transit non plus. 

J’essayai diverses techniques douces, massages, argile. Le pied ne marchait toujours pas et je restai allongé dans le canapé de la salle à manger. Le charpentier m’en avait aimablement relevé les pieds afin de faciliter les quelques levers que j’effectuait tant bien que mal dans la journée. Je sais aujourd’hui qu’il n’était pas bon que je reste allongé de la sorte, mais des restes d’un enseignement ancien et inapproprié s’accrochaient à mon inculte mauvais caractère. Personne ne tentait même de me faire lever.

Pour autant je ne m’ennuyais pas. J’avais une méthode d’espagnol et je me pris à étudier cette nouvelle langue. J’y passais des heures, allongé sur mon canapé. J’étais content, je progressais ! Partant de rien, c’était facile : j’en savais plus qu’au début !

Les semaines passaient et je voyais le temps où la décision de repasser sur le billard se précisait. Je redoutais plus que tout cette éventualité. La première opération s’était bien passée mais elle avait interrompu une période de jeunesse, d’insouciance, d’invulnérabilité. Désormais il y avait dans ma vie un avant et un après. Et j’étais maintenant dans l’après. Alors une autre opération, qu’apporterait-elle de nouveau ou d’irréparable ? 

Un chirurgien bordelais me reçut et, considérant mon handicap, rendez-vous fut pris pour le lundi matin en huit. Il me laissait cependant une porte ouverte avec son numéro de téléphone. Si j’avais un doute ou si mon état s’améliorait…

Si mon état s’améliorait… Lui aussi me laissait entendre que les dés n’étaient pas encore tout à fait jetés. Je me mis à y croire davantage. J’appelai un ostéopathe renommé mais raccrochais rapidement : il ne pouvait rien pour moi.

Ma famille et mes amis ne m’abandonnaient pas, me choyant, me rendant visite. Grâce à eux je ne perdais pas espoir de trouver une solution, je gardais le moral. Anne, mon épouse, me rapporta un soir qu’une de ses collègues, avait déjà souffert d’une hernie discale et s’en était sortie sans opération. Elle me l’avait peut-être déjà dit mais ce soir-là, je n’attendis pas et pris contact sur le champ avec elle. J’appelai au numéro qu’elle me donnait. Confiant dans la voix que j’avais au bout du fil nous convînmes d’un rendez-vous le mardi suivant, soit à J-6. 

J’entrais dans le cabinet en m’appuyant sur mes cannes anglaises, et, ne tenant pas assis, je m’allongeai d’emblée sur sa table.

“On va se voir trois fois. Si nous n’avons pas d’amélioration vous reverrez le chirurgien…

– Et quel est le risque si je ne me fait pas opérer??
– Vous garderez un steppage, c’est à dire que jamais plus vous ne pourrai appuyer sur votre pied et vous serez obligé de lever très haut la jambe pour marcher… En fait vous boiterez…

Ce qu’il ne me disait pas c’est que le steppage faisait aussi partie des risques d’une opération, mais ça je l’ignorais !

Je sortais de la consultation à peine mieux qu’en entrant, sauf que je ne m’appuyais plus sur les béquilles. Et puis je me relevais. Mon pied ne bougeait pas mais j’essayais quand même de le remuer.

Le second rendez-vous eut lieu le jeudi, soit deux jours après le premier. J’y allais confiant, mais on était déjà à J-4… J’en sortais toujours inquiet : mon pied droit ne bougeait pas… Allongé sur mon canapé, je tentais de le réveiller. Oubliant l’espagnol j’occupais les insomnies qui peuplaient ma nuit à ressentir mon pied, le masser, le réveiller.

Les premiers instants furent extraordinaires. D’un seul coup, j’eus des fourmillements légers sous la plante. Je sentais maintenant le contact avec l’accoudoir du canapé. Le ressenti n’était pas fin, je n’aurais su dire s’il s’agissait d’un accoudoir en bois ou en tissu, mais c’était un contact dur, un contact enfin.

On était vendredi, J-3. La nuit avait été courte. Je percevais désormais mon pied et peut-être qu’il bougeait d’un dixième de millimètre ! En tout cas j’en avais bien le sentiment et, enthousiaste de cette amélioration, je ne savais si j’allais faire le pas. Fallait-il prendre le risque de cette opération alors que j’étais en progrès ? Fallait-il prendre le risque de la retarder, voire de l’annuler alors que mon pied et ma jambe étaient loin d’avoir recouvré toutes leurs fonctions ? Fallait-il vraiment continuer à faire confiance à ce chiropracteur que j’avais vu seulement deux fois ?

Je ne savais plus trop. Ce que je voyais c’est que malgré tout, j’avais avancé un peu depuis ces deux premières séances. Ces progrès étaient les premiers depuis déjà tant de jours !

Je pariai que ce ne seraient pas les derniers. D’autres progrès allaient venir, je remarcherais normalement. J’allais y arriver.

J’appelai le chirurgien en fin d’après-midi. J’étais confus. Je lui expliquai où j’en étais. Il décommanda la salle d’opération. Il me sembla qu’il était à peine étonné et que nous étions tous les deux rassurés. Ce fut mon dernier contact avec lui, j’en oubliai même son nom. C’est dommage, j’aurais pu lui adresser certains de mes patients d’aujourd’hui, ceux qui me demandent le nom d’un praticien de confiance…

J’avais sauté le pas.

Dès lors, je revis le chiro régulièrement, il me semble six fois. Je repris la classe deux semaines après la première séance. Sans rechute et à temps plein… Je progressai régulièrement et bientôt je pus me tenir sur mes plantes de pied, pas très longtemps mais toujours de mieux en mieux.

C’est à la suite de l’une de ces séances, qu’au retour, dans la voiture, je confiai à Anne que ce pourrait être un métier pour moi, chiropracteur après instituteur… J’ignorais bien sûr tout de cette profession, qu’elle se préparait en six ans à temps plein, qu’il fallait aller à Paris, que les études étaient très chères, qu’elle nous vaudrait beaucoup de sacrifices… Ce que je savais, c’est que en six semaines j’avais beaucoup appris en espagnol et que mon cerveau de quarante ans n’était pas encore totalement rouillé, j’étais capable d’étudier, alors… »

Ce fut le début de l’aventure, mon père quitta son poste d’instituteur pour étudier pendant 6 ans à Ivry sur Seine, il fit en 2011 un magnifique jeune diplômé de 48 ans… La même année, entrainé dans son sillage, j’entamais à mon tour les études pour devenir chiropracteur…

Le chiropracteur qui l’a remis sur pied s’appelle Laurent PICARD, le seul français à enseigner la Kinésiologie Appliquée Professionnelle en France à ce jour, il a initié toute une génération de chiropracteurs à cette formidable approche, il enseigna à mon père à la fin de ses études, puis à moi même… !! Je suis vraiment reconnaissant d’avoir à mon tour découvert ce formidable métier qui m’anime chaque jour, grâce à la rencontre de ces 2 hommes, mon Papa et Laurent… Et grâce aussi à la patience de ma mère qui a tenu le cap 12 ans de suite pour soutenir les 2 derniers étudiants de la famille, avec tous les sacrifices que ça représente!! Alors Merci (et j’en aurai jamais assez)!!!

Et l’histoire continue!!

Gardez le cap sur vos rêves !